NUMÉRO SPÉCIAL “BARJAVEL”
du fanzine

DIMENSION5
(n°6 - mars-avril 1977)

DIMENSION5 est l'une de ces revues de science-fiction, rédigées et réalisées par des fans eux-mêmes souvent auteurs de nouvelles, voire, le succès venant, de romans. Édité à Reims, ce fanzine regroupait quelques noms qui ont laissé leurs traces dans le monde de la S.-F.

Directeur de la Publication :Jacques ROUVEYROL
Secrétaire général :Pierre FLAHUAT
Abonnements :Jean-Christophe KREBS
Courrier :Jacques GHILON
Comité de lecture :Christian PETITJEAN
Jean-Pol LASELLE
Jean-Christophe KREBS
Pierre FLAHAUT
Couverture de fanzine DIMENSION5 - Spécial Barjavel

Le dossier “spécial Barjavel” de ce numéro 6 présente des articles de divers auteurs (nouvelles et bande dessinées), ainsi que les deux nouvelles de Barjavel Les enfants de l'ombre et L'homme fort (extraites du recueil Le Prince blessé). Le dossier est complété par une interview en dix questions, qui avait été transmises à Barjavel, et auxquelles il a répondu par courrier. On constate qu'il y a douze réponses, il devait donc bien y avoir douze questions, mais la mise en page du magazine a (involontairement) laissé à l'intuition du lecteur l'exercice de deviner les deux dernières questions...
 



Frontispice de la nouvelle Les Enfants de l'ombre
Frontispice de la nouvelle Les Enfants de l'ombre
 
Frontispice de la nouvelle L'Homme fort
Frontispice de la nouvelle L'Homme fort
 

On trouvera ci-après la transcription complète de cette interview, gardant l'évocation de la typographie d'origine.

INTERVIEW DE RENÉ BARJAVEL

Propos recueillis par J.P. Lasselle

Question l - Pouvez-vous commenter cette phrase extraite de la préface à "COLOMB DE LA LUNE" : "Un roman c'est une histoire qu'un un-peu-fou s'invente et se raconte à haute voix dans l'espoir que les raisonnables l'entendront... ?"

Question 2 - Cette phrase concerne-t-elle plus particulièrement les romans de science-fiction ?

Question 3 - Pouvez-vous nous donner votre définition de la science-fiction ?

Question 4 - Vous avez qualifié le surréalisme de foutaise, de bocal littéraire, Comment qualifiez-vous la SF dite fiction spéculative ?

Question 5 - Vous avez dit être l'inventeur du paradoxe temporel (en précisant : en Europe, en tout cas, certainement) - Alors, en tant que "pionnier du temps comme sujet de SF", pouvez-vous nous dire ce que vous pensez des romans de Michel Jeury, auteur qui s'est spécialisé sur ce thème ?

Question 6 - Le mot "demain" vous fait-il peur ?

Question 7 - Encore une phrase que nous aimerions vous voir expliquer. La dernière de "COLOMB DE LA LUNE" "il faut protéger les enfants".

Question 8 - J'ai souvent entendu dire que "LA NUIT DES TEMPS" avait été "pompée" du roman de Cox "La SPHÈRE D'OR". Défendez-vous !

Question 9 - L'amour tient une grande place dans vos ouvrages. Pouvez-vous encore en dire quelque chose ici ?

Question 10 - Vous avez dit : "Cette société d'agglomération, cette société d'entassement dans laquelle nous vivons ne peut aller vers rien de bon." Vous est-il possible de nous parler de ce "rien de bon" ?


 


 

RÉPONSES DE RENÉ BARJAVEL

  1. Ah ! Toujours commenter ce qu'on a écrit, comme si ce n'était pas assez clair ! Bien sûr il faut être un peu fou pour écrire des romans. Si on est raisonnable, on se fait marchand, et on s'enrichit. Après un demi-siècle de travail, je commence seulement à gagner honorablement ma vie... Mais combien j'ai vu sombrer de jeunes talents qui n'ont pas eu le coupage de rester fous... Et il faut écrire pour des gens raisonnables, pour être entendu d'eux. C'est le premier devoir d'un romancier : écrire de façon à être compris très clairement de tous ses lecteurs. Et s'il y a autre chose à comprendre, en plus, pour quelques lecteurs pointus, tant mieux,,.
  2. Surtout les romans de science-fiction. Dans les autres romans d'aujourd'hui, il n'y a plus d'histoire, plus de fou, plus de sage, plus de la "littérature".
  3. Ci-joint une déclaration" déjà ancienne où vous pouvez trouver votre réponse.
  4. Il y a du meilleur et du pire, beau coup de pire. C'est la tendance générale des arts contemporaine ; n'ayant plus rien à raconter, l'auteur cherche des moyens de plus en plus sophistiqués de raconter, ce rien.
  5. Michel Jeury est admirable. Ses livres sont un peu difficiles pour le grand public, mais quel régal ! Ca, c'est un écrivain.
  6. Pas du tout. Je regrette d'avoir mon âge et de mourir trop tôt, pour voir ce qu'il va nous apporter. Pas drôle, je crois mais sensationnel. Mais il ne faut pas que demain nous fasse oublier aujourd'hui. Nous sommes dans une casserole où l'eau pour le thé commence à frémir, L'ébullition commencera quand ? II faut profiter de chaque bulle. Chaque jour est sensationnel.
  7. C'est la loi de la nature, chez les espèces supérieures. Les adultes ne vivent que pour ça : faire des enfants et les protéger, pour que la vie continue,
  8. J'ai lu le roman de Cox quand on m'a signalé la ressemblance : après la parution de la Nuit des T. Beaucoup de peine à trouver un exemplaire. Ressemblances superficielles et logiques.
    Le thème du couple préservé par une civilisation qui va disparaître a été traité mille fois. Moi-même l'avais déjà utilisé dans le Diable l'emporte et Mme Jonas.
    Et si vous voulez enterrer ce couple pour des millénaires, vous choisissez forcément de l'or , qui est inaltérable, en forme de sphère, qui est le solide , le plus apte à résister aux chocs et aux pressions. Cox a raisonné de la même façon que moi. Ensuite, tout est. différent entre son roman et le mien.
  9. L'amour est la clé de tous les problèmes. Dans l'amour du couple je symbolise l'amour universel qui donne la paix et le savoir. Il faut aimer tout, même ce qui n'est pas aimable.
  10. Cette société va de toute évidence vers une catastrophe. Tous les auteurs de science-fiction en ont dépeint les mille visages possibles. Elle en prendra sans doute un mille et unième. Mais on n'accumule pas les moyens dé destruction sans qu'ils détruisent un jour) on ne bâtit pas des villes entassées sans que la chair et l'âme y pourrissent. Le monde actuel est délirant. Les fous, ce ne sont pas les auteurs de science-fiction mais les politiciens, les idéologues et les économistes.
  11. a) la mort. b) la supprimer est enlever toute dignité au métier d'assassin. Chaque métier doit avoir ses risques, qu'il convient d'accepter c) le rêve, l'espoir. On sortira du système solaire, Einstein est une foutue bête. Dans cent ans ou mille siècles. L'homme a le temps. Même s'il fait flamber la baraque. Il recommencera.
    d) et e) la surpopulation est le mal n° l. D'elle découlent tous les autres. La faim, l'entassement urbain, la ruine de ta terre.
    f) on les aura sans doute tués avant de les exploiter.
    g) j'aime bien l'une et les autres,
  12. Vous me demandez trop. Je n'ai pas le temps aujourd'hui. Faites-le vous-même, Soyez un-peu-fou, et vous verrez où nous mènent les raisonnables...

 

Compléments

M'étant procuré un rarissime exemplaire de ce fanzine auprès de l'un des rédacteurs, je lui ai posé quelques questions dont voici l'essentiel des réponses.

  • Quand "Dimension 5" a débuté et quelle est sa dernière parution ? Le premier numéro est sorti en 1975 et le dernier, le numéro 9, en 1979.
  • Y a-t-il d'autres commentaires ou sujet sur BARJAVEL dans les autres "Dimension 5" ? Non, je ne me souviens pas qu'il y en ait eu.
  • Quand et comment le contact a été établi avec BARJAVEL pour cet interview ? Ce n'est pas moi qui me suis chargé de ce contact. Cela a dû être fait par courrier. Avez vous rencontré BARJAVEL à cette occasion ou ultérieurement ? Non.
  • Comment avez vous effectué l'interview? Par courrier ou de vive voix ? Par courrier.
    Avez vous encore les réponses de BARJAVEL ? Non, c'est le rédacteur en chef du fanzine qui a conservé le document.
  • Y a-t-il eu des suites à cet interview ? Un débat après la projection du film "La Bombe".
  • BARJAVEL a-t-il accordé facilement le droit de publication des 2 nouvelles dans "Dimension 5" ? Cela n'a posé aucun problème.
  • D'autres collaborateurs de "Dimension 5" ont-ils eu des contacts avec BARJAVEL ? Tous les membres de Dimension 5 l'ont rencontré lors de sa venue. Nous avons déjeuné avec lui dans un restaurant proche des halls de Reims. Un moment qu'on n'oublie pas.
  • A quelle occasion BARJAVEL venait t-il à REIMS les 5 et 6 mars 1977 ? Simplement pour répondre à l'invitation de Dimension 5.
  • BARJAVEL a-t-il été vu à cette occasion par vous ou vos collègues ? Oui, bien sûr. Homme charmant, très courtois, il s'est montré très disponible.